16/01/2012

La traduction automatique: toujours en débats

Dès que l'on parle de traduction automatique, les débâts sont houleux, comme si aucune nuance ou aucune analyse objective des faits n'était possible. Est-ce parce que la langue nous tient tant à coeur? Que c'est un domaine où à peu près n'importe qui peut s'exprimer puisque l'on ne doit pas être linguiste pour apprécierla la langue d'un document? Ou parce que les enjeux commerciaux sont immenses?

Pour commencer: la traduction est impossible, mais elle se pratique, comme la traduction qui est trahison mais que nous pratiquons et utilisons chaque jour. L'être humain traduit, depuis Babel, ou même avant, mais ceci est une autre histoire, et il faudra qu'on m'explique comment l'être humain continue depuis si longtemps à traduire si c'est impossible. 

Juste deux exemples récents, intéressants parce qu'ils montrent l'évolution des recherches et la perpétuation des réactions négatives.

Le projet Sumat (An Online Service for SUbtitling by MAchine Translation): http://ec.europa.eu/information_society/apps/projects/fac... porte sur la TA statistique de sous-titres. Quand un porte-parole du projet est venu le présenter il y a 3 mois à Cracovie, au colloque Points of View in Language and Culture, cela a provoqué un tollé, en tout cas de la part de certains traducteurs. Bien sûr, envoyer quelqu'un qui était un commercial pour dialoguer avec ces artisans de la langue que sont les traducteurs, ce n'était pas la meileure idée. Je regrette d'abord que l'on ne se pose pas la question de l'intérêt intellectuel de la chose, du défi que cela pose, même si je sais que le souci est sans doute d'abord financier. J'ai constaté que la société TitelBild, un poids lourd de l'industrie du sous-titrage en Allemagne participe à ce projet. Là, je me dis qu'ils ne font pas cela si c'est voué à l'échec dès le départ. 

En fait, on parle ici de traduction statistique. S'il s'agit de traduction de documents répétitifs, que le système puisse apprendre, le résultat peut ne pas être désastreux. La question, c'est que je ne vois pas ce qu'il y a de répétitif, que ce soit les infos, les séries et même les documentaires. En outre, le sous-titrage doit respecter les différents canaux de la communication, l'image en particulier, ce qui fait qu'un sous-titre dans un cadre ne ourra pas fonctionner dans un autre.

Ortsbo, à présent. La société canadienne a annoncé qu'elle avait mis sur pied un système de traduction et sous-titrage de vidéos en temps réel (http://www.fastcompany.com/1807477/ortsbo-live-and-global...). Donc, vous passez une vidéo en chinois en streaming, la traduction s'effectue à la volée et les sous-titres s'affichent en français. Impressionnnant car cela met en oeuvre des outils de reconnaissance vocale et de traduction. En soi, l'idée n'est pas nouvelle (on avu le projet Verbmobil au début de ce siècle), mais les réalisations concrètes et de qualité tardent à venir. Et pour cause, puisqu'on mutliplie les sources de difficultés. Donc, si je suis fascinée par la tentative, je suis sceptique, mais cela ne signifie pas que l'on arrive à des résultats, sinon bons, en tout cas acceptables. Orstbo utilise paraît-il l'API de Microsoft (Google ayant mis un sérieux frein à l'utilisation de la sienne). En fait, ils intègrent différentes techniques existantes. Mais, aussi intéressant cela soit-il, c'est à mon avis plus un coup de pub qu'autre chose. Je regarde de temps en temps un sketch de On ne demande qu'à en rire. Vu le délai d'apparition du sous-titre, vu la difficulté de traduire l'humour... cela créera peut-être une autre forme d'humour. Pour une vidéo d'entreprise, peut-être...

Je peux en tout cas vous prédire que le débat n'est pas fini.

14:17 Écrit par Pascaline Merten | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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